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Consultation Régionale OIM - OJA : Analyse croisée de la mise en œuvre de la SNIA dans la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima

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Consultation Régionale OIM - OJA : Analyse croisée de la mise en œuvre de la SNIA dans la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima

Introduction

Dans le cadre de l’analyse comparée de la mise en œuvre de la Stratégie Nationale d’Immigration et d’Asile (SNIA) couvrant quatre régions stratégiques du Royaume (Tanger, Oujda, Beni Mellal et Souss-Massa), l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) Maroc a sollicité l’expertise de terrain de l’OJA. Cette collaboration a pris la forme d’un atelier d'échanges approfondis, réunissant une consultante mandatée et les leaders communautaires de plusieurs nationalités (Guinée, RCA, RDC, Cameroun, Côte d’Ivoire, Nigéria, Togo...). L'objectif : dresser un état des lieux sans concession des réalités vécues par les communautés migrantes à Tanger.

I. Tanger : De ville de transit à ville d'accueil

Le premier constat majeur de cet atelier est la mutation sociologique de la ville. Tanger n'est plus seulement une zone de passage, mais devient une terre d'ancrage. Cette sédentarisation s'accompagne d'une amélioration notable du vivre-ensemble. Les participants ont souligné une baisse du racisme flagrant, favorisée par l'apprentissage du Darija qui agit comme un véritable vecteur d'intégration. La bienveillance du voisinage et l'accès facilité aux loisirs témoignent d'une normalisation de la présence subsaharienne.

II. Accès aux services de base : Le paradoxe Santé / Logement

L'analyse révèle une dichotomie frappante entre les différents services :

• Santé : C’est le point fort relevé par les communautés. L’accès aux soins est jugé égalitaire ("traité au même titre que les nationaux"), avec une prise en charge efficace pour la vaccination et les accouchements. Un fait notable a été salué : la primauté du soin sur la facturation ("on te soigne avant de te donner la facture").

• Logement : À l'inverse, la situation immobilière est qualifiée de catastrophique. Les migrants font face à une spéculation abusive (loyers plus chers), à l'emprise de démarcheurs informels et à des expulsions parfois arbitraires. C'est aujourd'hui le frein principal à une installation digne.

III. L'équation économique : Entre survie et entrepreneuriat féminin

Sur le plan économique, le tableau est contrasté. Si l'on note une dynamique entrepreneuriale positive chez les femmes (salons de coiffure, boutiques), l'accès à l'emploi salarié reste un parcours du combattant, entravé par la priorité nationale et la difficulté d'obtention de la carte de séjour.

Concernant la formation professionnelle, bien que l'accès soit possible (surtout pour les femmes), l'insertion post-formation pour les hommes reste bloquée, menant à des situations d'exploitation où l'on "survit plus qu'on ne vit".

IV. Droits, Justice et Rapports Institutionnels

Si la Justice fait son travail, l'accès au droit est limité par la méconnaissance des procédures par les migrants eux-mêmes. Plus préoccupant, les rapports avec les forces de l'ordre restent marqués par des tensions : contrôles quotidiens et interventions jugées parfois brutales dans les domiciles ont été rapportés. De plus, le sentiment de ne pas être écouté ni représenté dans les sphères de décision persiste, faute de relations influentes.

Recommandations et Plaidoyer

Pour consolider les acquis de la SNIA à Tanger, les leaders communautaires et l'OJA recommandent :

1. Régularisation : Étudier la possibilité de régulariser les migrants résidant depuis plus de 5 ans.

2. Inclusion : Systématiser la présence de panélistes migrants dans les tables rondes institutionnelles.

3. Intégration : Mettre en place des cours de langues en présentiel (horaires du soir).

4. Administratif : Fluidifier l'octroi des cartes de séjour, clé de voûte de l'accès à l'emploi et au logement décent.